Après cette journée d’investigations, nos officiers plantèrent leurs tentes, et plongèrent dans un sommeil réparateur.
Le caporal Woof, comme chaque nuit, faisait le même rêve : il se trouvait sur un champ de bataille, une hache à la main, et combattait ses ennemis de toutes ses forces, dans une exultation et une frénésie digne des héros qui ont bercé son enfance.
Mais cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent. Il sentait que quelque chose l'attirait en dehors de la bataille : comme une pulsation, un battement de cœur. Alors, il quitta la plaine rouge sang et partit dans le village voisin.
monsieur Woof
Une fois arrivé, il fut surpris de trouver un endroit paisible, où le linge étendu se laissait caresser par le vent, où les enfants jouaient à la balle.
Les habitants semblaient un peu inquiets lorsqu'ils apercevaient les vêtements déchirés de Woof : pleins de terre et de sueur, alors il partit se laver avec l'eau du puits, et lorsqu'une femme du village lui proposa des vêtements propres, et il accepta en la remerciant.
Il s'assit près d'un petit cours d'eau et regarda les poissons, et les créatures qui vivent près de l'eau, et entendit une voix qui lui sembla familière.
Il se tourna et fut très étonné de voir que c'était Mousseline, l'habitante du patatoïde. Normalement, son apparition lui aurait donné la nausée, mais à ce moment, il n'y avait en lui plus aucun dégoût, ni honte, ni haine, comme si l'eau du puits l'avait lavé de sa rancœur et de ses préjugés. Il avait l'impression de la connaître depuis longtemps, comme s'ils avaient grandis ensemble, comme s'ils étaient frères et sœur.
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Au petit matin, nos officiers à la surface du planétoïde prirent le petit déjeuner et discutèrent de leur nuit.
- Bien dormi, Woof ? demanda Biker.
- Je préférais ne pas en parler, dit Woof.
Woof semblait nerveux et avait du mal à tenir sa cuillère. La discussion s’orienta vers le référendum qui aurait lieu dans l’après-midi.
- Dites, dit Woof, qu’adviendra-t’il si la majorité vote pour être mangée ?
- Eh bien, dit Dada, les habitants qui ne sont pas d’accord devront quand même se plier au choix commun. Ils seront découpés, salés, bouillis, et vendus dans les spatio-marchés.
- Mais alors, dit Woof, est-ce que ça ne pose pas ce que vous appelez un “problème éthique” ?
Biker mit la main sur le cœur et fit un de ses fameux discours.
- C’est comme ça, la démocratie, dit-il. On ne comprend pas toujours, mais c’est le peuple qui décide.
- Pourquoi une telle curiosité, Woof ? demanda Dada. J’avais compris que vous n’aimiez pas les pommes de terre.
- Eh bien, je trouve que c’est un peu “bizarre” de laisser des gens se faire manger contre leur gré, dit Woof.
Mais la vraie raison, c’est que l’image de Mousseline imprégnait Woof depuis son rêve de cette nuit. Il savait que c’était idiot, mais il ne voulait pas qu’elle disparaisse, surtout si elle n’en avait pas envie.
- De toute façon, c’est trop tard, dit Biker. La décision est prise, et nous allons bientôt prévenir tous les habitants.
Woof prit un air renfrogné : il ne pouvait pas s’opposer à la décision de son supérieur hiérarchique.