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Episode 4 : Mousseline

Par téléphone, le commandant Biker résuma la situation au capitaine Ricard. Dans quelque semaines, le patatoïde risquait de devenir immangeable.

- Et ça serait un beau gâchis ! dit Biker. Il faut qu'on fasse quelque chose avant que la planète ne bourgeonne.

- Je vois bien le problème, dit Ricard. Mais avant tout, avez-vous trouvé ce qui attire notre vaisseau ?

- Non, capitaine, mais l'enquête avance. Nous sommes sous couverture chez un habitant nommé Fritz, et je suis sûr qu'il pourra nous donner plus d'informations. Il est très gentil, d'ailleurs, il écrit des poésies.

- J'en suis ravi Biker, conclut Ricard. Continuez l'enquête, je compte sur vous.

Le capitaine avait raccroché. Il n'aimait pas les conversations trop longues, et de manière générale, la proximité avec ses officiers. Pourtant, étant jeune, c'était un garçon extraverti et joyeux, mais sa carrière de militaire l'avait rendu avare de sentiments.

- Capitaine, je vous sens pensif, dit la conseillère Deana Croc.

l’empathique Deana Croc

l’empathique Deana Croc

- Oui, je dois dire que la situation me préoccupe. Nous devons toujours nous diriger vers l'appel à l'aide que nous avons reçu dans l'épisode 1, mais nous voilà avec en plus une planète entière à sauver. Parfois je me dis, on ne peut pas sauver tout le monde.

- Malgré tout, je suis sûre que vous allez trouver une solution. Rappelez vous, quand vous avez sauvé les Boulg-hommes. Et Tartop-hommes cinq jours plus tard.

L'infirme Westlake entra sur le plateau du vaisseau spatial Interprice. C'était un jeune homme dynamique et intelligent, mais un peu immature parfois.

- Quelqu'un a parlé de tarte aux pommes ? dit-il sur le ton de la plaisanterie.

- Westlake, ce n'est pas le moment, et je suis sûr que vous avez une chambre à ranger, dit Ricard d'un ton patriarcal.

- - - -

Pendant ce temps, Fritz commençait à trouver ses invités de plus en plus étranges. Entre celui qui parle comme un robot, le deuxième qui est dégoûté de la vie, et l'autre qui va dans les toilettes pour téléphoner à on ne sait qui, il commençait à se sentir un peu gêné. Alors, quand Biker revint dans le salon, leur hôte les congédia poliment.

- Je comprends, dit Biker, en franchissant le paillasson. Merci beaucoup pour votre accueil, et "gardez la patate" !

- Oui, merci... Je vais me brosser les dents, dit Fritz, qui n'avait pas compris la blague. Et peut- être regarder un épisode de Tubercule Poirot. Bonne soirée à vous.

La porte se ferma, et notre équipe se trouva dehors face à la nuit qui tombe.

nos officiers, dans la nuit

nos officiers, dans la nuit

- Pas très accueillantes, ces patates, dit le caporal Woof.

- Merci d'éviter de faire des généralités, dit Biker. Même si je dois avouer qu'il n'a pas été ce qu'il y a de plus cordial.

- Qu'allons-nous faire maintenant, lieutenant Biker ? dit le lieutenant Dada.

- J'imagine qu'il ne nous reste plus qu'à retourner dans notre vaisseau...

Soudain, une voix se fit entendre à quelques centaines de mètres.

- Messieurs, attendez !

C'était une femme, ou plutôt une pomme de terre, ou plus exactement le croisement des deux. Ses bourgeons tressés, et ses vêtements aux motifs complexes lui donnaient cet air fantaisiste qui caractérise les jeunes. Elle avait l'air légèrement préoccupé.

Mousseline

Mousseline

- Un homme-de-terre... femme ? dit Woof, qui n'en croyait pas ses yeux.

- Salut, je suis Mousseline, dit la jeune femme-de-terre. J'ai entendu dire que vous veniez d'un village voisin, et pour être honnête, je vous soupçonne d'être plus que de simples visiteurs.

Woof, inquiet et intimidé, sortit son psycho-laser en mode "immobiliser".

- Woof, tout va bien, dit Biker. Je suis sûr que Mousseline a de bonnes intentions.

Biker se tourna vers Mousseline et lui parla d'un ton calme et didactique.

- Mademoiselle, vous avez raison, mais nous ne pouvons pas tout vous dire. Nous faisons une enquête sur la situation de votre... de notre planète. Et plus précisément sur le problème environnemental qui nous concerne tous.

Mousseline le regarda droit dans les yeux.

- Ecoutez monsieur, j'ai fait des études à l'université Mc Cain, alors cessez de me raconter des histoires. Je sais très bien qu'il y a des millions d'autres planètes et civilisations, et vous ne ressemblez pas du tout à une patate. Alors venons-en droit au fait. Est-ce que vous êtes venus pour nous manger ?

Biker resta sans voix.